Moi, je fais partie de la tribu des «C'était-mieux-avantistes». Prenez les cédés. C'est pas possible, ces trucs-là. Essayez d'en transporter une pile d'une dizaine, ça glisse, ça se casse la gueule, c'est une horreur. Et puis, ça se raye, quoiqu'on en dise, et un cédé rayé, c'est un cédé foutu. Pas question de pousser délicatement du bout du doigt la tête de lecture pour la remettre dans le droit chemin, comme on le fait avec ces bons vieux vinyls. Et puis le son, il est pas si extraordinaire qu'on nous l'a dit. Un exemple : le Ben Webster and Associates dont je vous parlais l'autre jour ; eh bien, je préfère l'écouter en vinyl qu'en cédé. Comment dire ? Il y a sur le vinyl une chaleur, une profondeur de son que je ne retrouve pas sur le cédé. Aussi, le cédé est inodore. Alors que le vinyl, ça vous a un parfum...
Autre chose encore. Du temps des 33 tours, les pochettes ressemblaient à quelque chose. Y'avait la place de mettre un joli dessin, ou une jolie photo. Qu'est-ce que tu veux faire sur les 12 x 12 = 144 cm2 d'un livret CD ? De toute façon, par-dessus, y'a le plastique du boîtier, et ça se raye d'un rien, ces petites choses-là. Résultat, on n'y voit plus rien.
Jazz Album Covers - The Rare and the Beautiful, de Manek Daver (Éditions Graphic-Sha), est donc un ouvrage infiniment précieux, qui élève la pochette de disque au rang d'oeuvre d'art. C'est qu'ils sont magnifiques, les dessins de David Stone Martin : les pochettes du JATP, c'était lui ! Et ceux de Pierre Merlin, le dessinateur des labels Swing et Vogue de 1950 à 1954 (c'est lui, dessous) ?

Sans oublier Gil Mellé, saxophoniste de son état, mais aussi concepteur de quelques jolies pochettes (Wynton Kelly, Clifford, Monk, Rollins...) qui mêlent dessin, photo et collage.
Rayon photo, bien sûr, il y a l'immense Herman Leonard. Vingt pages rien que pour lui, et belle initiative de mettre côte à côte la photo d'origine et la pochette («Lester's Here» ou «Presenting the Gerry Mulligan Sextet»). S'ils sont moins connus, Katsuji Abé et Frank Gauna n'en ont pas moins fait de bien jolies choses : la pochette de «Money Jungle», c'est Gauna !
Tiens, pour finir, un petit quizz, sans rien à gagner : saurez-vous me dire qui dessina ces deux pochettes-ci ?


