Vendredi 1 juin 2007
   Un bouquin à mettre entre toutes les mains... du moins celles qui manient la langue de Duke et Lester Young, car il n'existe à ma connaissance aucune traduction, ce qui est bien dommage...
   Un bouquin qui s'intitule «Jazz Anecdotes», et qui est à mettre au crédit de Bill Crow, lequel lâche à l'occasion sa contrebasse pour glaner ses historiettes auprès de ses pairs.
  
Un bouquin qui regorge d'anecdotes savoureuses, dont j'extrais ces quelques lignes, avec enrobage maison :

   Ah, les pianos... D'abord, il y a les impondérables. Le piano déplacé de cinquante centimètres pour éviter la gouttière dans le chapiteau, ce qui amène le pianiste (Dave Kikoski en l'occurrence) à exiger qu'on le réaccorde, sinon il ne joue pas. Sir Roland Hanna, désarçonné (et peu convaincu) par les explications de l'accordeur, qui assure qu'il a utilisé un accord légèrement différent de ce qui se fait d'habitude, mais que si, c'est tout bon, et que d'ailleurs c'est comme ça qu'un piano se doit d'être accordé... Et le problème ne date pas d'hier, vous vous en doutez. D'où quelques scènes surréalistes, trouvées dans le livre d'anecdotes compilé par Bill Crow :

   Jay McShann : «Parfois nous tombions sur des pianos tellement mauvais que je jouais dans une clé et l'orchestre dans une autre. Certains d'entre eux étaient tellement mauvais que j'allais me chercher une bouteille et que je rentrais à l'hôtel.»

   Aux grands maux, les grands remèdes :
   Billy Eckstine : «Parfois, nous arrivions pour un concert avec dans notre orchestre Earl Hines, le plus grand pianiste du pays, et la moitié des touches sur ce fichu piano ne marchaient pas. Alors à la fin du concert, au moment de partir, je rassemblais quelques uns des musiciens autour du piano, comme pour bavarder, et j'arrachais toutes les cordes et tous les marteaux. Et je disais, "La prochaine fois qu'on viendra jouer ici, je parie que ce fils de pute aura un piano sur lequel il pourra jouer".»

   Et quelques surprises, parfois :
   «Ernie Wilkins fit une tournée dans le Sud avec Count Basie au piano. Quand l'orchestre arriva pour se produire dans le gymnase d'un lycée, ils découvrirent qu'il n'y avait pas de piano sur la scène. Le manager de l'orchestre alla se renseigner, mais personne ne paraissait avoir entendu parler d'un piano. Pendant quelque temps, il sembla que Basie n'allait pas pouvoir jouer de la soirée. Mais soudain, il y eut une certaine agitation au fond du gymnase, et  quatre étudiants passèrent les portes en poussant un vieux piano droit. Sur le devant, on avait collé une feuille de papier avec, écrit en gros caractères, le mot «PIANO», afin qu'ils n'aient aucun mal à identifier l'instrument.»
par Charlie La Trogne publié dans : leroyaumetrognesque

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